Avec la canicule, les Européens massivement exposés à des taux dangereux d'ozone
Environ deux tiers des habitants de l'Union européenne (UE) ont respiré des taux dangereux d'ozone dans l'air durant l'exceptionnelle canicule de juin. C'est la conclusion d'un rapport d'une ONG, alertant sur des risques sanitaires allant de l'asthme à des dégâts aux poumons.
La pollution à l'ozone, accentuée par les fortes températures, est une "menace invisible", a prévenu Flossie Boyd, cadre de l'ONG environnementale Global Witness, qui a partagé en exclusivité ce rapport jeudi avec l'AFP.
Selon les chercheurs, près de 300 des 450 millions d'habitants l'UE ont été exposés à des seuils dangereux d'ozone durant la canicule de juin, exceptionnelle par son ampleur alors même que les vagues de chaleur se multiplient en conséquence directe du réchauffement climatique.
Plus spécifiquement, une centaine de millions d'enfants et de personnes âgées, les catégories les plus vulnérables sur le plan sanitaire, auraient respiré de l'ozone à des niveaux dangereux, un type de pollution impliqué dans plusieurs pathologies qui vont de l'asthme à des dégâts aux tissus pulmonaires.
Cela montre combien "les gens sont obligés de vivre dans des conditions dangereuses à cause de notre dépendance aux énergies fossiles", a insisté Mme Boyd.
Ce rapport, qui n'a pas été publié dans une revue scientifique, se base notamment sur des données recueillies dans 162 stations de mesures de la qualité de l'air à travers l'UE.
- Effets indirects de la chaleur -
En s'intéressant à la pollution à l'ozone, il vient apporter une nouvelle pierre pour évaluer le bilan sanitaire de la canicule de juin, d'ores et déjà considéré comme le mois le plus chaud jamais enregistré en Europe occidentale.
Les effets sanitaires des fortes chaleurs ne se limitent, en effet, pas aux cas de coups de chaleur et de déshydration immédiatement observables. Les effets peuvent être plus indirects et se traduire parfois par des troubles et des décès seulement enregistrés après plusieurs jours.
Ainsi, la pollution ambiante à l'ozone - à distinguer de la couche d'ozone qui protège notre atmosphère des rayons du soleil - a été associée à 63.000 décès en 2023, selon des estimations de l'Agence européenne pour l'environnement, évoquant par ailleurs des milliards d'euros de dégâts pour les agriculteurs.
Les activités humaines n'émettent pas directement de l'ozone, mais celui-ci est synthétisé par des réactions chimiques dans l'air ambiant lors de fortes températures et d'exposition intense au soleil, caractéristiques des vagues de chaleur.
L'UE a réduit ces dernières années ses émissions de dioxyde d'azote, impliqué dans la synthèse d'ozone, mais Global Witness l'accuse de manquer d'ambition pour faire de même avec le méthane, un autre composant essentiel.
Selon les estimations de l'ONG, 298 millions d'Européens ont été exposés à un seuil d'ozone dépassant celui recommandé par l'UE, soit une concentration moyenne de 120 microgrammes par mètre cube sur une période de huit heures.
- "Un problème de plus" -
Cela représente deux tiers de la population de l'UE. Mais, souligne l'ONG, si l'on retient plutôt les seuils fixés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) - plus stricts à 100 µg/m3 - la proportion monte à près de sept habitants sur huit.
Et 72 millions d'habitants - environ un sur six - ont respiré un air pollué à plus de 150 µg/m3, un seuil jugé "particulièrement dangereux", rappelle l'ONG.
Sa méthodologie a, néanmoins, des limites. Les chiffres présentés ne se basent pas que sur les stations de surveillance précédemment citées, mais aussi des modélisations de Copernicus, l'observatoire climatique de l'UE, qui, elles, ne mesurent pas directement les taux d'ozone et comprennent donc une part d'incertitude.
Interrogés par l'AFP, des chercheurs n'ayant pas participé au rapport ont, toutefois, estimé qu'il apparaissait cohérent avec leurs propres observations, tel le climatologue britannique James Weber.
M. Weber a analysé les données sur la pollution à l'ozone au Royaume-Uni lors de la dernière vague de chaleur, et constaté qu'elle dépassait les seuils de l'OMS dans plus de la moitié des sites de mesure.
"L'ozone est un problème de plus, alors que la santé est déjà mise à mal par l'humidité et les températures", a-t-il insisté auprès de l'AFP, insistant sur le rôle du changement climatique.
La pollution à l'ozone est, souligne-t-il, un argument de plus pour éviter de sortir aux moments les plus chauds, en particulier pour faire de l'exercice.
T.McGilberry--NG