"Plus jamais Bolsonaro": des milliers de manifestants avant le second tour au Brésil
"Plus jamais Bolsonaro": des milliers de personnes ont participé mercredi à Rio de Janeiro à une marche contre Flavio Bolsonaro, favori de l'élection présidentielle au Brésil, alors que la campagne monte en régime avant le second tour le 25 octobre.
Fils de l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022), le sénateur conservateur de 45 ans est arrivé en tête du premier tour dimanche.
Cela a créé un choc dans les rangs de la gauche du président Luiz Inacio Lula da Silva, qui à bientôt 81 ans brigue un quatrième mandat non consécutif.
Au milieu des tambours et des feux d'artifice, une foule, jeunes et vieux mélangés, a marché dans le centre-ville de Rio à l'appel d'organisations étudiantes.
On pouvait lire les mots "Bolsonaro dehors" sur de grands drapeaux, "Non au père, non au fils" sur des autocollants ou encore "Plus jamais la dictature" sur une pancarte, et des appels à voter Lula.
"Je suis ici parce que je crois en la démocratie. Parce que j'ai peur", a déclaré à l'AFP, en larmes, Alice Carneiro, 25 ans, administratrice dans le secteur du transport maritime.
Elle a exprimé ses craintes pour sa femme, qui est transgenre, en cas de retour au pouvoir de la droite.
Les manifestants étaient plus nombreux et motivés que lors d'un rassemblement en présence de Lula au même endroit vendredi dernier, à la fin d'une campagne de premier tour assez terne.
Ils dénonçaient le bilan de la présidence de Jair Bolsonaro (2019-2022) et notamment sa gestion de la pandémie.
Le Covid - une "simple grippe" selon lui - avait fait plus de 700.000 morts dans le pays, soit le deuxième plus lourd bilan dans le monde après les Etats-Unis.
Des manifestants ont exprimé aussi leurs inquiétudes quant aux projets de Flavio Bolsonaro de gracier ou de faire amnistier son père.
L'ancien chef de l'Etat purge en résidence surveillée une peine de 27 ans de prison pour tentative de coup d'Etat, pour avoir voulu s'accrocher au pouvoir après sa défaite électorale de 2022 face au leader de la gauche.
- "Très triste" -
Le fils Bolsonaro a promis des coupes budgétaires drastiques, symbolisées par une paire de ciseaux rappelant la tronçonneuse du président ultra-libéral argentin Javier Milei, un allié.
La dette publique a fortement augmenté ces dernières années au Brésil, aggravée par des taux d'intérêt élevés. Le résultat du premier tour a été suivi d'une montée en flèche des cours de la Bourse de Sao Paulo.
Sans savoir précisément la nature des coupes promises par le candidat conservateur, les manifestants ont rappelé celles opérées par Jair Bolsonaro, notamment dans les universités.
"Ça ne sert à rien pour moi de réussir le concours d'entrée pour finir dans une université qui manque de financements", dit Emmanuel Araujo, 19 ans, qui se prépare à passer des examens. Il trouve "très triste cette montée de l'extrême droite".
"Je suis une femme noire et je pense que nous perdrons nos droits si nous élisons à nouveau Bolsonaro. Nous finirons par perdre notre démocratie", redoute pour sa part Iara Pinheiro, 16 ans.
D'autres manifestations de ce genre sont prévues au Brésil ces prochains jours.
- Selfie -
Les deux candidats se mettent en ordre de bataille en vue du second tour.
Flavio Bolsonaro s'est efforcé ces derniers jours de nouer des alliances avec d'autres formations conservatrices, tout en mettant en avant ses projets pour réduire la taille de l'Etat et réformer le système fiscal.
Il s'est également engagé à profiter d'une majorité encore plus robuste acquise par la droite au Parlement lors des législatives dimanche pour faire approuver des réformes constitutionnelles.
Lula, lui, tente de relancer sa campagne en misant sur les réseaux sociaux, un domaine où le camp Bolsonaro a une longueur d'avance sur la gauche depuis des années.
Mercredi, le président qui se vante de ne pas avoir de téléphone portable, a publié sa première vidéo en mode selfie: "Allez, tout le monde dans la rue, allons parler avec les gens", a-t-il exhorté.
M.Scott--NG