Aleksandar Vucic: de ministre sous Milosevic à homme d'État serbe
Figure dominante de la scène politique serbe depuis plus de 14 ans, Aleksandar Vucic, qui a annoncé dimanche sa démission de la présidence, s'est hissé des décombres du gouvernement de Slobodan Milosevic jusqu'au cœur du pouvoir, en s'appuyant sur un nationalisme populiste qui lui est propre.
Pour ses partisans, M. Vucic incarne la stabilité, le développement et le patriotisme dans un pays longtemps marqué par les guerres sanglantes des années 1990 et l'isolement international qui a suivi.
Ses opposants le perçoivent comme un dirigeant de plus en plus autoritaire, louvoyant entre le Kremlin et Bruxelles, à la tête d'un gouvernement accusé de corruption endémique.
M. Vucic a annoncé sa démission afin de se présenter au poste de Premier ministre lors des législatives prévues le 25 octobre, en tant que tête de liste du Parti progressiste serbe (SNS).
"Je veux me présenter comme un homme ordinaire, comme l'un des membres du peuple", a-t-il déclaré devant le palais présidentiel, où ses partisans scandaient son nom.
La tenue d'élections anticipées était une revendication clé du mouvement de contestation étudiant né après l'effondrement, en novembre 2024, d'une marquise à la gare de Novi Sad — un drame ayant coûté la vie à 16 personnes et largement attribué à la corruption.
- Virage politique -
M. Vucic se fait connaître dans les années 1990 en tant qu'allié ultranationaliste de Milosevic, occupant le poste de ministre de l'Information en 1998.
Après la chute de l'homme fort yougoslave, renversé par une vague de contestation populaire en 2000, il devient une figure de proue du Parti radical serbe, une formation d'extrême droite.
Il soutient les dirigeants politiques et militaires serbes de Bosnie Radovan Karadzic et Ratko Mladic, tous deux condamnés par la suite à la prison à vie pour génocide et autres crimes commis pendant la guerre de Bosnie.
Le chef du parti, Vojislav Seselj, est également condamné pour crimes contre l'humanité.
Toutefois, M. Vucic opère un changement spectaculaire en 2008. Après avoir quitté les radicaux, il cofonde le SNS, une formation conservatrice et pro-européenne qui remporte les élections législatives de 2012 et domine depuis lors la vie politique serbe.
Il occupe les fonctions de vice-Premier ministre, de ministre de la Défense et de Premier ministre avant d'accéder à la présidence en 2017.
Mais M. Vucic ne rompt pas vraiment avec ses penchants nationalistes et ses anciens alliés d'extrême droite.
Il s'abstient de condamner les Serbes reconnus coupables d'atrocités durant les conflits des années 1990 et ferme les yeux lorsque des médias progouvernementaux et des alliés font l'éloge des criminels de guerre.
Malgré les tentatives visant à nier toute implication de l'État dans un grand rassemblement en l'honneur de Ratko Mladic organisé le mois dernier dans la capitale serbe, plusieurs de ses ministres y assistent, s'attirant de vives critiques de Bruxelles.
M. Vucic cultive l'image d'un dirigeant sillonnant la Serbie, attirant les investissements et créant des emplois. Du quartier étincelant du front de fleuve, dominé par une tour de verre, aux nombreux projets en cours en vue de l'Exposition universelle de 2027, le slogan de son parti, "La Serbie gagne", s'affiche sur les panneaux publicitaires de toute la capitale.
- Novi Sad -
Toutefois, lorsqu'une marquise en béton s'effondre en 2024 à la gare de Novi Sad, les accusations de corruption qui avaient entaché nombre de ses projets emblématiques, dont celui du front de fleuve, provoquent une immense colère.
Des manifestations menées par des étudiants réclamant des enquêtes transparentes rassemblent des centaines de milliers de personnes dans la rue, le plus vaste mouvement de contestation depuis l'ère Milosevic.
À mesure que les revendications évoluent vers des appels à des élections anticipées, la riposte de M. Vucic se durcit. Les étudiants bloquant les universités sont qualifiés d'instruments aux mains de puissances étrangères.
Des fidèles du parti occupent un parc devant le palais présidentiel, alors que se multiplient les signalements d'arrestations et d'intimidations visant les manifestants.
"Les étudiants sont en train de gagner ! Il est crucial que nous nous unissions autour de ce message", dit en mai à l'AFP l'étudiant Dimitrije Potic lors d'un rassemblement à Belgrade fort de 180.000 personnes.
Début septembre, alors que la contestation dure depuis près de deux ans, M. Vucic convoque des élections anticipées invoquant "d'importantes turbulences sur la scène politique intérieure".
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D.R.Megahan--NG