Levée des sanctions UE contre deux oligarques russes : les discussions continuent
L'Union européenne n'est pas parvenue à confirmer lundi soir un accord de principe pour lever ses sanctions contre deux oligarques russes, une exigence de la France et du Luxembourg, et les discussions doivent se poursuivre mardi matin, ont indiqué des diplomates.
L'accord de principe, trouvé lundi après-midi, doit être définitivement confirmé par les 27 afin de prolonger le régime de sanctions européennes à l'encontre de près de 3.000 personnes et entités, accusées de soutenir l'effort de guerre de la Russie contre l'Ukraine.
Mais, un pays, la Lettonie selon une source diplomatique, s'y est opposé, bloquant à nouveau tout accord. Les décisions de l'UE en matière de sanctions se prennent à l'unanimité des 27 Etats membres.
Les discussions doivent reprendre mardi à 08H00 (06H00 GMT), selon ces sources.
La France réclame le retrait de l'oligarque russo-ouzbek Alicher Ousmanov de cette liste de sanctions, au grand dam de nombreux autres pays de l'UE et de l'Ukraine, qui ont dénoncé un dangereux précédent et un mauvais signal envoyé à Moscou.
Dans le sillage de la France, le Luxembourg a de son côté réclamé le retrait de l'homme d'affaires russe Mikhaïl Fridman de cette liste, selon ces mêmes sources.
Les sanctions de l'UE consistent en un gel des avoirs et une interdiction de voyager sur le territoire des 27 pays membres.
- "Mauvais signal" -
La cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a exhorté les 27 à maintenir la politique de sanctions, estimant que celle-ci devait rester "le cœur" de la politique européenne pour faire pression sur Moscou, lors d'une conférence de presse à New York en marge de l'Assemblée générale de l'ONU.
"Certains Etats membres ont demandé que certaines personnes soient retirées de la liste, et c'est pour cela que ces discussions sont en cours en ce moment", a-t-elle souligné, espérant que celles-ci se termineraient bientôt.
"Nous avons clairement besoin de stabilité, à savoir que les sanctions restent en place plus longtemps. C'est pourquoi nous travaillons également à un nouveau paquet de sanctions", a-t-elle ajouté.
Pour Kiev, le retrait des deux oligarques de la liste de sanctions de l'UE "est inacceptable et enverrait un mauvais signal à Moscou au moment où la pression doit s'intensifier", a protesté le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriï Sybiga, lundi après-midi.
Paris a invoqué des "raisons de sécurité nationale" devant ses partenaires, sans plus d'explication, selon plusieurs diplomates européens à Bruxelles.
"Nous avons une question spécifique de sécurité nationale et souhaitons répondre positivement à nos partenaires internationaux qui nous démarchent au sujet de M. Ousmanov", a-t-on expliqué de source diplomatique à Paris.
Selon le Financial Times, Paris fait pression dans le cadre d'un accord de libération de prisonniers impliquant plusieurs citoyens français détenus en Azerbaïdjan.
Un deuxième homme d'affaires russe, Mikhaïl Fridman, verrait également son nom rayé de la liste des sanctions à la demande du Luxembourg, si M. Ousmanov devait lui aussi bénéficier de cette mesure.
Alicher Ousmanov, homme d'affaires russe d'origine ouzbèke a fait fortune dans l'industrie métallurgique puis avec le groupe internet russe Mail.Ru. Il a été l'un des principaux actionnaires du club de football anglais Arsenal.
Mikhaïl Fridman est, lui, l'un des principaux actionnaires du conglomérat Alfa Group, qui comprend Alfa Bank, l'une des principales banques de Russie, elle-même ciblée par les sanctions européennes.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'était déjà alarmé la semaine dernière de cette situation, affirmant que ce n'était "certainement pas le moment de lever les sanctions", "de sauver les oligarques russes des sanctions" et de "faire des cadeaux à la Russie".
Ce régime de sanctions contre Moscou doit être renouvelé tous les six mois, et la date butoir, déjà repoussée une fois, a été fixée à mercredi 00H00 (22H00 GMT mardi). Faute d'accord à ce moment-là, toutes les sanctions seront alors levées.
Pour réduire ce risque à l'avenir, les Vingt-Sept se sont également mis d'accord pour que ce délai soit étendu jusqu'à 36 mois au lieu de six, selon une source diplomatique. Mais là aussi, il faudra attendre le résultat des discussions mardi, pour savoir si ce nouveau délai a été accepté.
N.Handrahan--NG