A Londres, l'exposition de la tapisserie de Bayeux ouvre dans une ambiance de "tapestry-mania"
L'exposition de la tapisserie de Bayeux a ouvert jeudi matin au British Museum de Londres, où le public peut désormais découvrir ce trésor médiéval qui suscite un engouement exceptionnel au Royaume-Uni, pris depuis quelques semaines dans une "tapestry-mania".
Les visiteurs ayant réussi à décrocher leur billet pour cette exposition-événement, qui affiche complet jusqu'au 31 décembre, trépignaient d'impatience devant le célèbre musée, qui a ouvert ses portes à 10H00 (09H00 GMT).
"Je suis très enthousiaste. J'ai fait un projet sur la tapisserie à l'école lorsque j'avais 13 ans, et j'ai compris à quel point elle était importante pour l'histoire anglaise", déclare à l'AFP Jill Brooks, retraitée qui vit dans le Devon.
Les billets se sont arrachés lors de la première salve de mise en vente le 1er juillet. La nouvelle mise en vente, prévue le 21 octobre, risque elle aussi d'être prise d'assaut, offrant une nouvelle chance d'obtenir un précieux sésame pour 2027.
Après avoir été accueillis par des membres du musée vêtus de tenues médiévales, les visiteurs disposent d'une quarantaine de minutes pour admirer la célèbre broderie, exposée pour la première fois à plat dans une semi-pénombre, et accompagnée d'animations sur les principaux évènements qu'elle retrace.
Le président français Emmanuel Macron avait annoncé en juillet 2025 le prêt de ce joyau, envisagé deux fois par le passé sans aboutir: en 1953 pour le couronnement de la reine Elizabeth II, et en 1966 pour le 900e anniversaire de la bataille d'Hastings qui scella la victoire de Guillaume sur les troupes anglaises en 1066.
Longue de près de 70 mètres, la tapisserie est arrivée à Londres le 10 juillet après un transport ultra-sécurisé pour protéger cette œuvre extrêmement fragile.
- Critiques dithyrambiques -
"C'est formidable que l'Etat français nous ait permis de l'accueillir ici", se réjouit auprès de l'AFP Michael Lewis, conservateur de l'exposition. "Les Britanniques sont complètement fous de cette oeuvre tant elle occupe une place fondamentale dans leur histoire", poursuit-il.
"Il est difficile de faire comprendre aux Français l'engouement qu'elle provoque au Royaume-Uni. Je crois qu'ils ne réalisent pas vraiment le trésor qu'ils ont entre les mains", dit-il.
Constituée de neuf panneaux en lin reliés, la tapisserie représente quelque 626 personnages (et 202 chevaux) au cours de 58 scènes brodées de fil de laine.
Elle montre notamment la désignation de Guillaume Le Conquérant comme héritier du trône d'Angleterre en 1064 et se termine par sa victoire contre les troupes anglo-saxonnes en octobre 1066 à la bataille d'Hastings.
Torchons, tabliers et mugs, décorés de scènes de la tapisserie sont déjà en vente. Le magasin Liberty a sorti des coussins inspirés par l'oeuvre d'art, à 165 livres l'unité (192 euros).
La chaîne nationale de restauration bon marché Greggs s'y est mis, en créant une broderie de huit mètres de long intitulée "Ta-Pastry", jouant sur les mots tapisserie et pâtisserie en anglais.
En face du British Museum, un pub a même installé sur ses murs une "tapisserie de la bière" retraçant l'histoire du breuvage à travers les âges.
- "Précieux symbole" -
Selon les historiens, l'évêque Odon, demi-frère de Guillaume Le Conquérant, aurait commandé en 1077 la tapisserie afin d'orner la cathédrale de Bayeux. Beaucoup, dont le conservateur Michael Lewis, estiment qu'elle a été brodée en Angleterre.
Catherine Pitt, 46 ans, se dit ainsi "très impatiente" de voir la broderie qui "revient ici pour la première fois depuis 950 ans", et incarne selon elle "l'histoire commune entre la France et l'Angleterre".
Ce prêt inédit constitue "un précieux symbole de confiance", avait déclaré le roi Charles III après avoir admiré la broderie en avant-première le 2 septembre, avec Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Andy Burnham.
Jusqu'à un million de personnes sont attendues pour cette exposition qui doit se terminer le 11 juillet 2027.
La tapisserie reprendra ensuite le chemin de Bayeux et fera l'objet en 2028 d'une rénovation. Son transfert depuis la Normandie a donné des sueurs froides à des experts et défenseurs du patrimoine en France, qui redoutaient une dégradation irréversible de l'œuvre.
Une "rupture de deux fils" a été constatée après ce transfert sans toutefois que l'état général ait été altéré, a assuré la semaine dernière la ministre française de la Culture Catherine Pégard.
A.C.Netterville--NG