Présidentielle en Colombie: la gauche au pouvoir affrontera la droite dure au second tour
La gauche au pouvoir affrontera la droite dure au second tour de la présidentielle en Colombie, dans un scrutin décisif alors que le pays sud-américain connaît une violence des groupes armés sans précédent depuis dix ans, selon les résultats du premier tour dimanche.
L'avocat millionnaire Abelardo de la Espriella, admirateur de Trump, s'est imposé avec 43,74% des suffrages devant le sénateur et philosophe Ivan Cepeda (40,91%), héritier politique du président de gauche Gustavo Petro, après le dépouillement de la quasi-totalité des bureaux de vote.
"Nous allons changer l'histoire de la Colombie pour toujours", a promis le candidat après la publication des résultats, dans une vidéo tournée depuis la ville caribéenne de Barranquilla (nord) où ses supporters ont laisser éclaté leur joie en parcourant la ville.
Les sondages avaient donné la semaine dernière M. Cepeda favori du premier tour. Les deux candidats se retrouveront au second tour le 21 juin.
La candidate de droite Paloma Valencia, sénatrice adoubée par le puissant ex-président conservateur Alvaro Uribe (2002-2010), arrive loin derrière, avec moins de 7%. Elle a annoncé son soutien à de la Espriella pour le second tour.
Le pays sud-américain connaît sa pire flambée de violence depuis la signature de l'accord de paix avec la guérilla des Farc en 2016. De nombreux dirigeants communautaires ont été assassinés, des civils ont péri dans des attentats et un prétendant à la présidence a été tué.
- Groupes armés -
MM. Cepeda et de la Espriella s'opposent sur la direction à prendre pour venir à bout d'un conflit armé interne vieux de six décennies mais en pleine résurgence: continuer à négocier la paix avec les groupes armés, stratégie du président sortant Gustavo Petro, ou bien utiliser la force pour venir à bout des guérillas, ex-paramilitaires et cartels.
Les experts estiment que les groupes armés impliqués dans le trafic de drogue, l'exploitation minière illégale et l'extorsion ont profité des négociations de paix menées sous le gouvernement Petro pour renforcer leurs positions.
"Nous sommes dans des positions radicales", observe Gloria Terranova, employée d'une plantation de café interrogée par l'AFP.
Abelardo de la Espriella se fait appeler "Le Tigre". Le candidat de 47 ans tient ses meetings derrière une vitre pare-balles et promet la mort ou la prison pour les membres des organisations criminelles.
Il se présente en "outsider" et reprend à l'envi une rhétorique de "main de fer" qui a récemment valu plusieurs victoires à la droite en Amérique latine.
Admirateur des présidents américain Donald Trump, salvadorien Nayib Bukele et argentin Javier Milei, M. de la Espriella propose de construire dix méga-prisons, de réduire de 40% la taille de l'Etat et de bombarder les campements des trafiquants de drogue en Colombie, premier producteur mondial de cocaïne.
- "Goût amer" -
Ivan Cepeda, défenseur des droits de l'homme de 63 ans, mise pour sa part sur la poursuite des réformes sociales et des infructueuses négociations de paix avec les groupes armés dans la droite ligne de Gustavo Petro, premier dirigeant de gauche de l'histoire du pays auquel la Constitution interdit de briguer un second mandat.
L'élection se joue en grande partie sur l'héritage de M. Petro, un président clivant jouissant d'une forte popularité parmi les classes populaires pour avoir augmenté le salaire minimum et élargi les programmes sociaux dans l'un des pays les plus inégalitaires au monde, mais honni par la droite.
Les partisans d'Ivan Cepeda ont été déçus de voir leur candidat arriver en deuxième position. "Ça laisse un goût amer", a déclaré Andrés Alba, employé de café de 42 ans.
C'est "un résultat surprenant, inattendu", confirme Felipe Botero, directeur du département de sciences politiques de l'Université des Andes. M. de la Espriella "met Cepeda en difficulté, car ce derneir avait fait ses calculs en partant du principe qu'il allait arriver en tête", a-t-il ajouté.
Pour espérer l'emporter, le candidat de gauche devra tenter d'aller chercher des voix au centre.
O.Somerville--NG