L'UE "préoccupée" par les informations suggérant que la Hongrie a transmis des données sensibles à la Russie
La Commission européenne s'est dite "très préoccupée" lundi par des informations du quotidien américain Washington Post selon lesquelles la Hongrie a fait fuiter des données sensibles à la Russie depuis des années.
Selon cet article, le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, profite régulièrement de pauses lors de réunions entre responsables de l'Union européenne (UE) à Bruxelles pour appeler son homologue russe Sergueï Lavrov et le tenir informé en temps réel des discussions.
Grâce à ces appels, "depuis des années, la Russie est en quelque sorte présente à chaque réunion de l'Union européenne", assure le média américain, citant une source anonyme.
Ces informations ont suscité de vives réactions à Bruxelles, où de nombreux responsables restent très remontés après un sommet jeudi lors duquel la Hongrie a bloqué un prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine, envahie par la Russie depuis début 2022.
- L'UE demande des "clarifications" -
La Commission attend du gouvernement hongrois "qu'il apporte des clarifications nécessaires", a déclaré une porte-parole de l'exécutif européen, Anitta Hipper. "Une relation de confiance entre les États membres ainsi qu'entre eux et les institutions est fondamentale pour le bon fonctionnement de l'UE", a-t-elle souligné.
Les allégations contre la Hongrie ont également été qualifiées de "très graves" par l'Allemagne.
En campagne pour les législatives du 12 avril, le Premier ministre hongrois Viktor Orban a dénoncé une "attaque grave" contre la Hongrie, évoquant, sans preuves, une mise sur écoute de son chef de la diplomatie Peter Szijjarto.
Le ministre hongrois des Affaires européennes, Janos Boka, a réagi dans la soirée en affirmant qu'"il est parfaitement naturel que le ministre hongrois des Affaires étrangères parle au téléphone avec son homologue russe". "Ce qui est moins compréhensible, c'est que ses homologues de l'Union européenne ne fassent pas de même", a-t-il ajouté sur Facebook.
Lors d'un forum public dans le sud-ouest du pays, M. Szijjarto a déclaré que le gouvernement ne céderait pas à ce qu'il a qualifié d’"ingérences étrangères" à l'approche des élections.
- Orban, cavalier seul -
Cette situation complique encore davantage des relations déjà très tendues entre l'UE et Budapest.
Voilà plusieurs années que le Premier ministre hongrois joue avec les nerfs de nombreux dirigeants, en bloquant l'aide à l'Ukraine, en se rendant à Moscou pour échanger avec le président russe Vladimir Poutine...
En privé comme en public, les responsables européens ne cachent plus leur exaspération vis-à-vis du dirigeant. Très remontés depuis le dernier sommet européen à Bruxelles, ils ont d'une seule voix dénoncé le cavalier seul de Viktor Orban, qui continue à bloquer le prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine. Et attendent désormais tous l'issue de l'élection hongroise, prévue le 12 avril.
Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a jugé que l'article du Washington Post "ne devrait surprendre personne. Nous le soupçonnons depuis longtemps". C'est "l'une des raisons pour lesquelles je prends la parole uniquement lorsque c'est strictement nécessaire et que je ne dis que le strict nécessaire", a-t-il déclaré sur son compte X.
M. Szijjarto l'a accusé en retour de "répandre des mensonges et des fake news", sur le même réseau social.
N.Handrahan--NG