Le Premier ministre slovène entame des discussions pour former une coalition au lendemain des législatives
Le Premier ministre slovène Robert Golob a invité lundi tous les partis représentés au Parlement à des discussions pour former une coalition, au lendemain de législatives remportées de justesse par son parti libéral face aux conservateurs de Janez Jansa, un admirateur de Donald Trump.
Avec seulement 28,62% des voix et 29 sièges sur les 90 que compte l'assemblée, le parti Mouvement pour la liberté (GS) de M. Golob, 57 ans, ne peut prétendre diriger seul.
Le reste des sièges est réparti entre une mosaïque disparate de cinq petits partis, si bien que les analystes prédisent qu'il sera difficile de former un gouvernement stable.
"Nous sommes confrontés à des négociations difficiles", a reconnu M. Golob dimanche soir, après avoir revendiqué une victoire qu'il a qualifiée de vote pour "la démocratie".
"Mais nous ne négocierons pas notre souveraineté. Nous ne laisserons pas des étrangers décider de notre souveraineté", a-t-il ajouté.
La présidente slovène Natasa Pirc Musar, qui a félicité M. Golob, a appelé tous les partis à "s’asseoir à la table des négociations dès que possible".
"Celui qui m’apportera 46 voix recevra le mandat" pour constituer un nouveau gouvernement, a-t-elle déclaré lundi à la radio publique RTV.
Interrogé lundi par l'AFP à Ljubljana, la capitale, un homme de 62 ans, qui a seulement donné son prénom, Vlado, disait espérer qu'un gouvernement serait formé "au plus vite", malgré les "nombreuses difficultés" rencontrées en raison des résultats "très serrés", pour se mettre "immédiatement" au travail.
- Accusations -
Les derniers jours de la campagne ont été marqués par des accusations d'ingérence étrangère.
Les autorités ont annoncé enquêter pour savoir si la société privée israélienne de renseignement Black Cube est derrière la mise en ligne d'enregistrements de conversations avec notamment un lobbyiste, un avocat et un ancien ministre.
Ces enregistrements suggèrent des faits de corruption au sein du gouvernement sortant. Avec pour objectif supposé d'influer sur le scrutin au profit de M. Jansa.
Ce dernier a reconnu avoir rencontré l'un des responsables de Black Cube mais a nié toute implication dans la diffusion des vidéos.
Sans remettre en cause les résultats des législatives, Peter Jansa, 67 ans, a annoncé dimanche soir que ses équipes allaient "recompter chaque voix dans tous les bureaux de vote". "La Slovénie mérite la stabilité mais je doute qu'elle l'obtienne au vu des résultats", a-t-il ajouté.
- "Victoire à la Pyrrhus" -
Pour le président français Emmanuel Macron, cette victoire de M. Golob "témoigne de la confiance des Slovènes dans un cap européen, démocratique et de progrès".
Un parti anti-système et un parti conservateur fondé par un ancien allié de Janez Jansa, Anze Logar, sont parvenus à entrer au Parlement de ce pays de 2,1 millions d'habitants membre de l'Union européenne depuis 2004.
Après les élections d'avril 2022, Robert Golob, qui avait obtenu 41 sièges, avait formé une coalition avec les sociaux-démocrates (sept sièges) et la gauche (cinq sièges), bénéficiant d'une confortable majorité absolue de 53 sièges.
Le quotidien Dnevnik, parlant de "victoire à la Pyrrhus", estimait lundi que M. Golob n'aurait d'autre choix que de négocier avec Anez Logar.
Cet ancien dirigeant d'une entreprise publique énergétique avait succédé à Janez Jansa en 2022, dont le troisième mandat avait été marqué par des passes d'armes avec l'UE et une tentative de museler les médias, nourrissant les critiques sur une dérive illibérale à la Viktor Orban, du nom du Premier ministre hongrois dont il est proche.
Robert Golob a depuis mis en oeuvre un programme centré sur l'inclusion sociale et a légalisé le mariage et l'adoption pour les couples de même sexe.
Sur le plan international, il a fermement critiqué la guerre livrée par la Russie à l'Ukraine - l'un de ses seuls points communs avec M. Jansa -, les ambitions américaines sur le Groenland et a été l'un des rares dirigeants dans l'UE à qualifier la guerre d'Israël dans la bande de Gaza de "génocide".
O.Ratchford--NG