Pommes de terre: vers une crise historique après la sécheresse
Durement frappés par la sécheresse qui sévit depuis plusieurs mois en France, les producteurs de pommes de terre anticipent l'une des plus fortes baisses de production jamais enregistrées et réclament un soutien "exceptionnel" face à des pertes massives.
"Après cinq épisodes successifs de canicule et un déficit hydrique exceptionnel", les projections de l'UNPT (Union nationale des producteurs de pommes de terre) anticipent "une baisse massive de la production française de l'ordre de -23 % en un an", indiquent-ils lundi dans un communiqué.
"Cette campagne pourrait marquer l'un des plus importants décrochages de production jamais enregistrés pour la pomme de terre française", estime l'UNPT.
Cette baisse brutale serait marquée par "le plus faible rendement observé depuis plus de 30 ans", avec un rendement moyen national des pommes de terre de consommation de 37,4 tonnes par hectare, contre 43,5 t/ha en 2025 (-14 %) et 43,1 t/ha en moyenne quinquennale (-13 %).
Cette chute serait encore plus importante que celle provoquée par la sécheresse historique de 2022, signalent les producteurs.
- Plan d'accompagnement -
"Au regard de l'ampleur potentielle des pertes économiques pour les producteurs, évaluées à ce stade par l'UNPT à au moins 400 millions d'euros", les producteurs "demandent à l'État d'anticiper dès maintenant un dispositif exceptionnel de soutien aux producteurs les plus durement touchés", est-il ajouté.
Le 5 août, la ministre de l'Agriculture Annie Genevard avait annoncé un "plan global" d'accompagnement face aux conséquences des épisodes caniculaires à répétition en France et en Europe, pour "qu'aucun agriculteur ne soit laissé seul face à cette situation".
Elle avait notamment évoqué des mesures d'urgence pour la trésorerie des exploitations, la prise en charge de cotisations sociales, des dispositifs de simplification et de dérogation, ainsi que des mesures destinées à faciliter la remise en production des exploitations les plus durement touchées, mais sans chiffrer le montant des aides envisagées.
Le 8 août, Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA, syndicat agricole dominant, avait indiqué que l'agriculture avait besoin de "milliards d'euros" pour se remettre de cette "crise climatique d'une ampleur que nous n'avons jamais vue en agriculture sur une telle durée".
Le 14 août, Mme Genevard avait indiqué que le calibrage des aides devrait attendre le 27 août, lors d'une réunion des préfets.
L'été 2026 est marqué en France par une succession d'épisodes caniculaires et un sévère déficit de pluies depuis la fin mai. Outre une sécheresse des sols déjà à des niveaux historiques, des incendies ont ravagé des hectares de végétation et de cultures dans plusieurs régions françaises.
- Pas de "double peine" -
Pour les producteurs de pommes de terre, ce choc climatique intervient alors qu'ils avaient déjà dû réduire leurs surfaces de production, "de 10% en France et -11% en Europe du Nord-Ouest", après la surproduction de 2025.
"L'urgence est de mise", déclarent-ils. Car à la baisse des volumes va s'ajouter "une récolte plus hétérogène, avec des calibres plus petits, des teneurs en matière sèche variables et parfois des désordres physiologiques", indique l'UNPT, réclamant une "adaptation" du cahier des charges des acheteurs.
Le 18 août, la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) a annoncé "des actions concrètes de soutien aux producteurs", indiquant qu'elles seront notamment plus tolérantes sur les calibres et aspects des fruits et légumes, et privilégieront les produits d'origine France pour soutenir les producteurs.
"La baisse brutale des rendements et des volumes disponibles devra nécessairement se traduire" sur toute la chaîne de valeur de la filière (producteurs, négociants, industriels, restauration hors foyer, distributeurs et consommateurs). "Elle ne peut conduire à concentrer sur les seuls producteurs les conséquences économiques désastreuses de cette situation exceptionnelle", souligne le communiqué de l'UNPT.
Enfin, les producteurs de pommes de terre soulignent que "la baisse des rendements signifie qu'une partie des volumes contractualisés ne pourra tout simplement pas être produite". Ils demandent que les volumes contractuels soient adaptés à la réalité de la récolte et au "gouvernement d'engager un dialogue déterminé", notamment avec ses homologues européens, pour ne pas "subir la double peine" ou risquer des différends commerciaux.
Y.Byrne--NG