Nottingham Guardian - Explosion de la rue de Trévise: pour les victimes, la nouvelle épreuve du procès

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Explosion de la rue de Trévise: pour les victimes, la nouvelle épreuve du procès
Explosion de la rue de Trévise: pour les victimes, la nouvelle épreuve du procès / Photo: Carl LABROSSE - AFP/Archives

Explosion de la rue de Trévise: pour les victimes, la nouvelle épreuve du procès

Une "scène de guerre" au coeur de la capitale: plus de sept longues années après l'explosion meurtrière au gaz de la rue de Trévise, le procès de la mairie de Paris replonge les victimes dans ce "jour sans fin", elles qui se battent toujours pour obtenir réparation intégrale.

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Ce samedi 12 janvier 2019 au matin, Ameroche Tahir-Kaci prenait son café devant l'hôtel où il travaillait dans cette petite rue du quartier touristique des Grands Boulevards, quand une gigantesque déflagration soufflait le rez-de-chaussée de l'immeuble d'en face, faisant s'écrouler toutes les façades vitrées des bâtiments voisins.

"J'ai cru à un attentat. J'ai vu ma collègue plaquée au mur, la jambe coupée, il y avait du sang partout, des cris, les touristes sortaient par les vitres en sous-vêtements", raconte à l'AFP, encore ému, cet ancien technicien de maintenance de 60 ans.

L'explosion a tué quatre personnes: deux pompiers de 28 et 27 ans, arrivés quelques minutes avant, alertés par une forte odeur de gaz; une touriste espagnole de 38 ans et une femme de 28 ans qui habitait au-dessus du siège de l'explosion, due à la rupture d'une canalisation de gaz.

Environ 200 personnes ont été blessées. Des "blessures de guerre" pour certaines victimes soignées à l'hôpital militaire, comme Ameroche. "J'avais un trou énorme dans le ventre, on voyait les intestins", décrit-il.

Amor Ben Taziri, réceptionniste de l'hôtel, a lui perdu un oeil, marche avec une canne et souffre de multiples fractures qui l'empêchent de reprendre le travail.

- "J'ai tout le temps peur" -

"Aujourd'hui j'ai tout le temps peur, comme si un choc allait se produire d'un instant à l'autre", confie le rescapé quinquagénaire.

"Je retrouve les mêmes symptômes de stress post-traumatique que chez les victimes d'attentats", explique Samia Maktouf, l'une des avocates des parties civiles.

Linda Zaourar, 47 ans, ancienne directrice des deux hôtels adjacents de la rue, réprouve la culpabilité du survivant.

"J'avais senti le gaz quelques jours avant. Mais on me disait que ça ne pouvait pas être ça puisqu'à l'hôtel on a le réseau de chaleur de Paris (alimenté par de la vapeur d'eau, NDLR). J'ai compris ensuite que ça venait d'en face", rembobine Linda Zaourar, présidente de l'association des Victimes des rescapés de la rue de Trévise (Vret).

Elle ne cesse de repenser à ce couple de touristes espagnols qui visitaient Paris pour la première fois.

"Le mari, Luis Miguel, avait fait une surprise à sa femme. Ils sont arrivés la veille de Madrid, j'ai voulu leur donner une chambre sur rue. Si je leur avait donné celle sur la cour, Laura serait encore là et ses trois enfants ne seraient pas orphelins", ressasse-t-elle.

- "On attend des excuses" -

Licenciée pour incapacité, Linda Zaourar n'a pas pu reprendre le travail. "C'est un jour sans fin, on est encore dans un tunnel", confie-t-elle.

Près de huit ans après l'explosion, la Ville de Paris et le syndic de l'immeuble comparaissent à partir de mardi devant le tribunal correctionnel notamment pour homicides involontaires.

"L'approche du procès nous fragilise en nous replongeant dans ce drame et toutes les difficultés qu'on a encore pour se faire indemniser intégralement", confie Dominique Paris, présidente de Trévise ensemble, la seconde association de victimes.

Cette sinistrée de 75 ans, qui n'a réintégré son appartement qu'en 2025, décrit un "long combat" pour une pleine reconnaissance des préjudices.

Elle déplore qu'il ait fallu trois ans pour obtenir un accord-cadre d'indemnisation, en 2022, avec la Ville de Paris alors dirigée par la maire socialiste Anne Hidalgo. "Pendant tout ce temps, on s'est sentis oubliés", appuie, amère, Linda Zaourar.

"La mairie centrale ne nous a pas considérés. Anne Hidalgo venait aux cérémonies d'hommage, mais sans son écharpe tricolore", dénonce Dominique Paris. Du procès, elle attend qu'il "établisse enfin des responsables, et des excuses".

"Les victimes attendent ce procès depuis si longtemps. Ce sera l'occasion de comprendre les circonstances de ce drame, pour que les préjudices matériels, psychologiques et professionnels soient pleinement reconnus", expose Me Maktouf.

Mais l'avocate regrette que "seules des personnes morales soient jugées; or derrière l'institution il y a forcément une personne physique qui a commis de graves négligences".

A.C.Netterville--NG