Ukraine : 15 morts dans des frappes russes, Zelensky dénonce l'accord Russie-USA sur le diesel
Des frappes russes sur Zaporijjia, dans le sud-est de l'Ukraine, ont fait 15 morts samedi, Kiev dénonçant les "remerciements" meurtriers de la Russie après l'annonce d'un accord controversé entre Moscou et Washington sur des livraisons massives de diesel.
Selon Washington et Moscou, la Russie doit livrer 300.000 tonnes de diesel dès le mois d'octobre aux États-Unis et sur le marché mondial et accroître ensuite ces livraisons jusqu'à 1 million de tonnes en décembre.
"La Russie a exprimé ses remerciements pour la levée des sanctions sur les exportations de diesel en lâchant cinq bombes sur des immeubles résidentiels à Zaporijjia", a déclaré le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Il a dénoncé plus tôt une "décision faible" de la part des États-Unis et une opportunité lucrative pour la Russie de renflouer sa trésorerie et poursuivre son financement de la guerre.
L'annonce de l'accord a jeté l'incertitude sur la poursuite un temps prévue samedi des discussions entamées la veille entre négociateurs ukrainiens et américains à Miami, en Floride, pour tenter de relancer la diplomatie toujours dans l'impasse après plus de quatre ans d'invasion russe de l'Ukraine.
Le Kremlin a affirmé samedi que le président russe Vladimir Poutine avait "accueilli avec compréhension" des propositions américaines "de mesures visant à la désescalade" en Ukraine lors de l'appel téléphonique avec son homologue américain qui a débouché sur l'accord d'exportation de diesel, sans plus de détails.
La Russie a intensifié ses frappes contre le territoire ukrainien ces derniers mois, faisant un nombre croissant de victimes civiles.
- "Ils n'ont pas survécu" -
A Zaporijjia, ville située à seulement quelques dizaines de kilomètres de la ligne de front, Daniil Pichkin, un volontaire, est arrivé tôt pour aider les victimes des frappes survenues à l'aube.
Deux personnes ont pu être secourues dans les gravats, "malheureusement, une petite fille est morte", a-t-il témoigné auprès de l'AFP.
Iryna, 69 ans, résidente d'un des immeubles touchés par la frappe, a raconté avoir tout juste eu le temps de se réfugier dans ses toilettes après avoir reçu un avertissement de bombardement imminent.
Ses voisins, un couple d'amis, ont été tués. "Ils avaient 75 ans. Ils ont été projetés comme ça, dans la rue. Ils n'ont pas survécu jusqu'à l'hôpital", a-t-elle témoigné à l'AFP.
La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a estimé samedi que "suspendre les sanctions sur le diesel russe offre à Moscou davantage de revenus pour faire la guerre".
Des explosions ont retenti samedi à Kiev où les frappes russes ont causé des coupures de courant massives et une suspension temporaire du fonctionnement du métro, avant-goût de ce qui attend les habitants de Kiev cet hiver.
Six personnes ont été blessées dans ces frappes en pleine journée, dont cinq hospitalisées, a indiqué le maire de la capitale Vitali Klitschko.
- "Cela doit être corrigé" -
"Ce que signifie le fait de permettre à la Russie de vendre des produits pétroliers vient de se faire entendre très clairement à Kiev", a dénoncé le président ukrainien sur X.
"Les signaux que la Russie a reçus hier (...) laissent entendre qu'elle pouvait tout simplement continuer à attaquer. Et cela doit être corrigé", a réclamé M. Zelensky.
Il a dit avoir discuté "des difficultés posées par l'allègement des sanctions sur les produits pétroliers" russes par téléphone avec son homologue français Emmanuel Macron.
L'Élysée n'a pas immédiatement réagi à l'annonce de l'accord entre Washington et Moscou.
Allié militaire majeur de Kiev, Berlin s'est limité à "prendre acte" de la décision américaine, mais a réaffirmé son soutien à Kiev et a dit travailler "conjointement avec ses partenaires européens, à de nouvelles sanctions".
Vendredi, l'émissaire du président Trump, Steve Witkoff, a qualifié de "constructives" les discussions à Miami avec les négociateurs ukrainiens, en présence de conseillers à la sécurité nationale de plusieurs pays européens, de la Commission européenne et de l'Otan.
Mais le président ukrainien a dénoncé "un écran de fumée" après l'annonce de l'accord sur le diesel.
W.Murphy--NG