Le commissaire européen au Commerce en Chine pour "rééquilibrer un déficit insoutenable"
a dit jeudi être en Chine pour tenter de "rééquilibrer (le) déficit commercial insoutenable" de l'Union européenne (UE) avec la deuxième puissance économique mondiale.
M. Sefcovic a entamé jeudi deux jours de discussions importantes à Pékin pour éviter une escalade alors que l'UE affirme sa détermination à agir face à un déficit commercial qui atteint depuis 2025 autour d'un milliard d'euros par jour avec la Chine.
Bruxelles entend obtenir de la Chine des actes concrets et significatifs devant ce que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a qualifié de "point de bascule".
A défaut, l'UE menace de sévir. Mais la Chine prévient qu'elle réagira en cas de mesures qu'elle jugera contraires à ses intérêts.
"Premier jour en Chine, avec un objectif: commencer à rééquilibrer notre déficit commercial insoutenable", a écrit M. Sefcovic sur les réseaux sociaux.
Il dit avoir commencé par rencontrer des représentants d'entreprises européennes. Leur "message était clair: il est nécessaire d'améliorer l'accès au marché chinois tout en renforçant notre sécurité économique".
Les Européens critiquent les obstacles mis à l'accès de leurs entreprises au marché chinois. Ils dénoncent les subventions massives accordées selon eux par l'Etat chinois aux entreprises nationales et les surcapacités de l'industrie qui se déversent à moindre coût sur le marché européen et mettent en péril des secteurs entiers comme l'automobile.
Ils s'émeuvent de l'instrumentalisation, à leurs yeux, des chaînes d'approvisionnement, ainsi que la sous-évaluation de la monnaie chinoise.
Autant d'accusations que Pékin réfute. Les experts soulignent aussi, outre les pratiques chinoises, les faiblesses et les vulnérabilités de l'économie européenne.
- Mises en garde chinoises -
La visite de M. Sefcovic s'inscrit dans un dialogue mené depuis plusieurs mois par Bruxelles et Pékin pour tenter de résoudre la crise. Elle précède de quelques jours un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE mi-octobre.
A cette occasion sera présentée une proposition franco-allemande pour que l'Europe se dote, en plus des instruments existants, d'un outil qui permettrait en quelques jours d'exclure du marché intérieur les biens et les services d'un pays en guerre commerciale avec l'UE.
La Chine n'est pas explicitement mentionnée. Mais un tel dispositif anticiperait une éventuelle confrontation commerciale ouverte.
Une porte-parole des Affaires étrangères chinoises, Mao Ning, a réaffirmé jeudi l'attachement de principe de Pékin à la coopération. "Il est dans l'intérêt de la Chine et de l'UE de résoudre les différends économiques et commerciaux par le dialogue d'égal à égal et la consultation", a-t-elle dit.
Mais Pékin a préalablement prévenu que Berlin et Paris risqueraient de "subir elles-mêmes les conséquences" à force "d'encourager l'UE à recourir à des outils protectionnistes à tout bout de champ".
L'une des inquiétudes européennes est que la Chine ne recoure à l'arme des terres rares, matières premières essentielles à de nombreuses industries stratégiques et dont la Chine domine l'extraction et le raffinage. La dépendance de l'Europe en la matière est très forte et elle avait été durement affectée par les restrictions imposées en 2025 par Pékin sur les exportations.
- Véhicules hybrides -
L'idée, côté européen, est de ne pas en arriver là. M. Sefcovic cherchera à Pékin de "premiers résultats concrets" lors de ses entretiens, avait indiqué un porte-parole de l'exécutif européen en annonçant le déplacement.
La Chine, avec sa dépendance aux exportations et ses propres difficultés économiques intérieures, n'a pas intérêt au conflit.
Les Européens aimeraient obtenir de la Chine des engagements à réduire volontairement ses exportations dans quelques secteurs clés, comme les véhicules hybrides, et un accès renforcé aux terres rares.
Il serait "irréaliste" d'escompter un accord global, mais "si on réussissait à identifier un secteur où tester un accord de limitation des exportations avec la Chine, ce serait déjà un pas en avant", dit à l'AFP Ignacio Garcia Bercero, expert à l'institut Bruegel.
"Les deux parties ont tout intérêt à éviter une guerre commerciale, je pense donc qu'un terrain d'entente est possible", abonde Zhu Tian, professeur à la China Europe International Business School de Shanghai. "Toutefois, les divergences restent considérables. Il faut s'attendre à la poursuite des négociations et à la conclusion d'accords sur des points précis, plutôt qu'à un règlement global", présage-t-il.
M.Scott--NG