Von der Leyen au Groenland pour consolider le partenariat arctique
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen se rend dimanche à Nuuk pour une visite de deux jours visant à réaffirmer son soutien au territoire autonome danois convoité par les Etats-Unis de Donald Trump.
Elle doit signer lundi une déclaration commune entre l'Union européenne et le Groenland.
"Le Groenland revêt une importance croissante pour l'UE en tant que porte d'entrée vers l'Arctique, ainsi qu'en raison de sa position géopolitique, de ses matières premières critiques et de son rôle dans la sécurité dans l'Arctique", explique Marc Jacobsen, chercheur au Collège royal de défense danois.
En début d'année, Donald Trump s'était montré particulièrement insistant dans ses vélléités de "contrôler" l'immense île arctique, qui appartient au royaume du Danemark, avant d'exclure l'usage de la force.
Un groupe de travail Danemark/Groenland/Etat-Unis se réunit depuis pour chercher un accord pour sortir de cette crise.
Face aux menaces de Donald Trump, les Européens avaient largement soutenu le Danemark et le Groenland et Ursula von der Leyen s'était engagée en début d'année à augmenter massivement les investissements de l'Union européenne dans le territoire arctique, qui lui ne fait pas partie de l'UE.
Bruxelles a également proposé de doubler l'aide directe de l'UE au Groenland pour la porter à 530 millions d'euros dans le cadre du prochain budget de l'Union pour la période 2028-2034.
D'après le Financial Times, Mme von der Leyen devrait proposer un soutien de 200 millions d'euros supplémentaires lors de sa visite les 6 et 7 septembre.
Celle-ci coïncide avec le début de l'exercice Arctic Shield qui réunit des soldats de dix pays de l'Otan, "une concomitance qui n'est pas négligeable", selon Mikaa Blugeon-Mered, chercheur en géopolitique à l'Université du Québec.
L'administration Trump reproche aux Danois de négliger la sécurité arctique. Mais depuis plus d'un an, Copenhague réinvestit dans la région, tout comme l'Otan, avec la mission Arctic Sentry lancée en début d'année.
"L'UE ne peut pas offrir au Groenland une garantie de sécurité militaire comme le fait l'Otan, mais elle peut fournir quelque chose de politiquement important: un signal clair que le Groenland n'est pas seul", souligne M. Jacobsen.
- Pression discrète -
Ce signal est d'autant plus important que, si la pression américaine s'est faite plus discrète depuis la visite en mai de l'émissaire spécial de Donald Trump pour le Groenland, Jeff Landry, elle n'en a pas pour autant disparu.
"On a eu tous les mois des cartes postales de Trump ou de ses proches sur le Groenland qui montrent qu'ils n'ont pas oublié", rappelle M. Blugeon-Mered.
En août, la médiatisation des préparatifs d'une compagnie pétrolière américaine dans une région isolée de l'est de l'île a ravivé les inquiétudes.
Le projet, opéré par une entreprise texane sur la base de licences délivrées avant un moratoire de 2021 sur l'exploration et l'extraction d'hydrocarbures, met mal à l'aise les riverains et les autorités, qui, arguant de raisons procédurales, n'ont pas donné de feu vert à un premier forage exploratoire.
Nuuk peine à développer les industries extractives qui pourraient contribuer à son émancipation économique face au Danemark.
Ici les intérêts groenlandais et européens sont "hautement complémentaires", selon le chercheur Marc Jacobsen.
"Le Groenland a besoin d'investissements, d'infrastructures et de marchés s'il veut concrétiser ses ambitions minières, tandis que l'UE cherche un accès plus sûr et plus diversifié aux matières premières critiques", précise-t-il.
Quelque 135 permis miniers sont détenus par plus de soixante entreprises, mais seules deux mines sont en activité.
Transformer le potentiel géologique groenlandais est plus difficile que prévu.
"La question est de savoir si la dynamique géopolitique actuelle finira par changer la donne", estime le chercheur.
Pour M. Blugeon-Mered, la visite de la présidente de la commission, la deuxième en deux ans, montre que l'investissement européen est durable.
Outre le chef du gouvernement groenlandais Jens-Frederik Nielsen et la Première ministre danoise Mette Frederiksen, Mme von der Leyen rencontrera le chef du gouvernement féringien Beinir Johannesen.
Danemark, îles Féroé et Groenland tiennent lundi et mardi à Nuuk leur réunion biannuelle sur les relations au sein du royaume du Danemark dont ils sont les trois entités constitutives.
L.Boyle--NG