"Comme dans un réfrigérateur" : les troglodytes échappent à la canicule
La promesse d'une quinzaine de degrés tout au long de l'année : à Troo, village troglodytique au nord de Tours, les maisons creusées dans la roche offrent un refuge apprécié et peu énergivore pour échapper aux fortes chaleurs.
Alors que 53 départements sont placés en vigilance orange canicule vendredi, une partie des habitants de cette commune pittoresque du Loir-et-Cher, semblent vivre comme dans une bulle.
" La canicule n'est clairement pas un sujet d'inquiétude pour nous, on sait qu'on peut rester au frais toute la journée si nécessaire", témoigne auprès de l'AFP Jean-Luc Eclercy-Deterpigny, président de l'association Troo tourisme. "On est des privilégiés", lance-t-il.
Cet ancien Parisien, âgé de 57 ans, a décidé de changer de vie après la pandémie de Covid. Séduit par ces habitations atypiques creusées dans la pierre, qui offrent une "température stable toute l'année grâce à la masse de roche qui les entoure ", il s'est installé en 2020 à Troo, village niché sur une colline de tuffeau, pierre tendre utilisée pour bâtir maisons et châteaux de la région.
Même si le thermomètre flirte vendredi avec les 34°C, "on a l'impression de pénétrer dans un réfrigérateur", sourit M. Eclercy-Deterpigny, assurant relever régulièrement "un différentiel d'une vingtaine de degrés lors des pics de chaleur".
- Fraîcheur -
Troo compte environ 315 habitants, dont de nombreux artistes.
Seules une dizaine d'habitations entièrement creusées dans la roche sont encore occupées à l'année ou proposées en location saisonnière, selon la mairie. Mais de nombreuses autres bénéficient au moins d'un accès aménagé à une grotte.
Dominique Opéron et son mari Jean-Paul ont quitté leur chaumière normande mal isolée au profit d'une maison troglodytique de 145m2.
Leur ancien logement " montait facilement en température lors des fortes chaleurs ". "Ici, on ne craint ni l'été ni l'hiver, avec ce sentiment d'être protégés des températures", souligne Dominique Opéron, 71 ans.
Il apprécie cette "fraîcheur très douce, une fraîcheur naturelle qui n'a rien à voir avec un climatiseur ".
- De lourds travaux -
"Ici, la canicule n'est pas une contrainte majeure pour plusieurs des habitants : ils peuvent rester à l'intérieur et profiter de cette fraîcheur constante", souligne le nouveau maire, élu en mars, Patrick Eclercy-Deterpigny.
"Des gens viennent visiter le village et disent, +mais waouh, c'est génial: avec la chaleur qu'on a de plus en plus souvent et plus longtemps, c'est vraiment intéressant+", assure-t-il.
Selon le consensus scientifique, le changement climatique d'origine humaine rend les phénomènes météorologiques extrêmes comme les vagues de chaleur de plus en plus intenses.
La commune compte entre six et huit kilomètres de galeries, qui pourraient à terme permettre de multiplier le nombre d'habitations troglodytiques. Le maire assure que de nouveaux habitants sont intéressés.
A condition toutefois de bénéficier d'une exposition plein sud, pour plus de lumière naturelle, sans laquelle ces maisons peuvent être très sombres. Elles nécessitent aussi de lourds travaux d'aménagement, notamment pour abaisser et réguler le taux d'humidité : ventilation, drainage de l'eau, utilisation d'enduits à la chaux...
Ces cavités, qui ont servi d'abris lors de conflits avant d'être exploitées pour extraire le tuffeau, pourraient représenter "un modèle d'habitat d'avenir", anticipe le maire.
L.Bohannon--NG