Macron appelle à plus de "coordination" internationale contre les pandémies
Le président français Emmanuel Macron a exhorté mardi, au sommet One Health à Lyon, à plus de "coopération" internationale et plus d'échange d'informations sur les enjeux de santé, à la fois humaine, animale et environnementale, six ans après la pandémie de Covid-19 qui avait quasiment mis le monde à l'arrêt.
"Alors même que les défis posés par la santé mondiale imposent plus que jamais la coordination et la coopération, nous avons une situation internationale qui vient fracturer ceci", a-t-il souligné à l'ouverture du sommet, déplorant "un monde en crise" et des "guerres" qui "bousculent" tous les enjeux stratégiques.
Emmanuel Macron a aussi cité les "divisions, les baisses de contributions, les doutes exprimés par certains sur notre organisation collective" de santé, un message qui visait notamment les Etats-Unis et le président Donald Trump, détracteur acharné de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).
Dans ce contexte, le président français a martelé les vertus du multilatéralisme, avec un système mondial de santé qui repose sur "une science libre, ouverte, indépendante", une "gouvernance mondiale pleinement transparente" et une "coordination à l’échelle internationale pour laquelle l’Organisation mondiale de la Santé a la légitimité".
Depuis le début de sa présidence en 2017, le chef de l'Etat a régulièrement organisé des sommets One Planet pour aborder des thématiques environnementales au niveau international. Celui-ci est le premier consacré aux sujets One Health (Une santé).
- "Origine animale" -
Cette approche, en plein essor depuis plusieurs années dans le monde de la santé publique, vise à aborder simultanément des enjeux sanitaires aux niveaux humain, animal et environnemental, prenant acte de leur interdépendance.
"En Afrique, notre expérience vécue nous amène à accepter sans réserve que la survie humaine, le bien-être animal, la santé des plantes et la protection de l'environnement forment un système unique et interconnecté", a renchéri le président du Ghana, John Dramani Mahama.
Le One Health est "notre meilleur atout pour réduire les risques avant qu'ils ne se transforment en crises", a renchéri le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres dans une vidéo enregistrée.
Emmanuel Macron a décliné une série d'engagements qui seront adoptés lors du sommet, du lancement d'un "pacte international pour préserver l'efficacité des antibiotiques" à la mise en commun de "données de santé humaine, animale et environnementale" pour "éclairer la décision politique".
"75% des maladies infectieuses émergentes sont d'origine animale. Ce chiffre à lui seul justifie la réunion d'aujourd'hui", a-t-il insisté.
L'ampleur du sommet reste toutefois limitée au niveau des Etats participants, dont le nombre s'est peu à peu réduit au fil des événements One Planet.
Cette fois, les ministres d'une vingtaine de pays étaient présents, notamment lors de sessions thématiques le mardi matin. Au programme: maladies transmises des animaux à l'humain, résistance aux antibiotiques, alimentation et pollutions.
Au plus haut niveau, le sommet accueille les dirigeants de trois pays, mis à part M. Macron: le Botswana, le Cambodge et le Ghana.
- "Décalage révoltant" -
Emmanuel Macron a aussi pointé les efforts entrepris en France, avec notamment un "nouveau plan national relatif aux perturbateurs endocriniens, visant à renforcer les actions de connaissance, à réduire les expositions et à améliorer l’information des publics sur ces substances et leurs effets".
La France tient ce sommet au moment même où elle réduit fortement ses financements à la santé mondiale, comme de multiples pays développés, à commencer par les Etats-Unis sous la présidence de Donald Trump.
A Lyon, devant l'hôtel de Ville, une poignée de militants d'associations emblématiques de la lutte contre le VIH comme Aides ou le Sidaction se sont mobilisés avec casseroles et sifflets mardi midi pour dénoncer la baisse d'un milliard d'euros de la contribution française au Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme.
M. Macron "vient parader" au sommet One Health, tacle Jonathan Quard Cabbia auprès de l'AFP, président de Aides Auvergne-Rhône-Alpes, dénonçant "un décalage qui est complètement révoltant" entre le sommet et "les coupes budgétaires" qui, selon lui, mettent en danger la vie "d'un million de personnes".
"Depuis 30 ans, on a toujours avancé" dans la lutte contre le VIH. "Pour la première fois aujourd'hui, on recule et c'est absolument insupportable", a pointé Florence Thune, directrice du Sidaction.
Y.Byrne--NG