Sur le marché du travail, l'égalité hommes-femmes n'est une réalité nulle part selon la Banque mondiale
Un accès pleinement égalitaire au marché du travail entre les hommes et les femmes n'est une réalité dans aucun pays de la planète et seules 4% des femmes vivent dans des pays proposant des conditions proches de l'égalité, a alerté mardi la Banque mondiale.
Selon son rapport annuel consacré aux femmes, les affaires et le droit (WBL), même lorsque des lois sont votées, les conditions de leur application ne sont réelles que dans environ la moitié des cas, soulignant l'énorme travail qu'il reste à réaliser entre le vote d'un texte et sa mise en oeuvre.
"Même dans les économies ayant réalisé les réformes, les femmes doivent faire face à des contraintes dans l'accès au travail, la création d'entreprises et concernant la sécurité nécessaire pour profiter des opportunités qui peuvent exister", a souligné le chef économiste de l'institution, Indermit Gill, cité dans le rapport.
Or ces inégalités pèsent sur les économies nationales, qui voient leur PIB potentiel abaissé de 15% à 20% en moyenne du fait de la sous-participation des femmes. Cela entraîne un lourd manque à gagner en termes de recettes fiscales pour les Etats.
L'un des principaux points où l'ensemble des pays montrent un retard certain en la matière reste la sécurité des femmes, tant dans l'espace privé que public, qui pèse sur leur capacité à participer à la vie économique.
"Les femmes ne bénéficient que du tiers des protections juridiques nécessaires en termes de violences domestiques, harcèlement sexuel, féminicides ou mariages avant la majorité", a souligné la responsable du rapport, Tea Trumbic, lors d'une présentation à Washington.
Et lorsque les lois existent, "leur application reste faible partout", a-t-elle regretté, "lors de violences domestiques par exemple, les plaintes ne sont pas nécessairement enregistrées par les agents de police et il n'y a pas d'enquête".
Le rapport, dont la méthodologie a été révisée, prend en compte les textes de lois votés, mais aussi les services publics mis en place afin de soutenir l'activité professionnelle des femmes et l'application réelle des textes.
- Progrès réalisés malgré tout -
La Banque souligne l'importance de réaliser les réformes nécessaires alors que 1,2 milliard de personnes, dont la moitié de femmes, intègreront le marché du travail dans les dix prochaines années.
"Beaucoup y entreront dans des régions où les barrières sont les plus marquées et où l'effet positif sur la croissance" de leur participation "est le plus nécessaire", a relevé Mme Trumbic.
"Assurer l'accès égalitaire aux opportunités pour les femmes est bénéfique pour les sociétés dans leur ensemble, pas uniquement pour les femmes", a-t-elle souligné.
Les données de la Banque mondiale établissent en effet que, dans les pays où les femmes disposent de plus d'opportunités en la matière, le taux de participation des hommes au marché du travail est également le plus élevé.
Sans surprise, les économies avancées sont celles où les conditions sont le plus proche de l'égalité, avec l'Espagne en tête de peloton, selon les statistiques publiées dans le rapport. A l'inverse, les pays du Moyen-Orient et du Pacifique sont encore à la traîne.
Mais les principaux progrès sont venus de pays à bas revenus ou en développement, en particulier d'Afrique et du Proche-Orient, à commencer par l’Égypte, Madagascar ou la Somalie, avec des efforts notamment pour réduire les restrictions d'accès à certains métiers, imposer un salaire égal à tâche équivalente ou créer des congés parentaux.
Entre 2023 et 2025, près de 70 pays ont voté une centaine de réformes, en cumulé, afin d'améliorer l'accès des femmes au marché du travail et à l'entrepreneuriat.
S.Dennehy--NG