Inde : 20.000 policiers déployés à New Delhi avant une manifestation contre une réforme électorale
Déploiement de plus de 20.000 membres des forces de l'ordre, fermeture de stations de métro et coupure de l'internet mobile dès vendredi soir : le centre de New Delhi est sur le pied de guerre à la veille d'une manifestation organisée par l'opposition pour exiger la démission du président de la commission électorale.
Depuis plusieurs semaines, le parti du Congrès et le mouvement des "cafards", fer de lance de la révolte étudiante en Inde, mènent la fronde contre une réforme électorale qui s'est traduite par la radiation de plus de 130 millions d'électeurs inscrits, selon le comptage des médias.
Entamée en 2025, cette révision massive des listes électorales visait à en retirer les doublons, les défunts et les fraudeurs.
Mais ses détracteurs l'accusent d'écarter en priorité les minorités, notamment les musulmans, et les populations les plus vulnérables, au profit du Bharatiya Janata Party (BJP) du Premier ministre ultranationaliste hindou Narendra Modi.
Toute la semaine, les parlementaires de l'opposition ont multiplié les actions symboliques de protestation dans les rues de la capitale indienne, qui ont valu à son chef Rahul Gandhi et à des dizaines d'autres élus de brèves gardes à vue.
M. Gandhi doit rencontrer vendredi la présidente de l'Inde, Droupadi Murmu, pour dénoncer la réforme pilotée par le président de la commission électorale (CEI), Gyanesh Kumar.
La CEI a démenti toute irrégularité dans la procédure de révision des listes électorales.
Le "Parti du peuple des cafards" (CJP), un mouvement né en ligne au printemps, s'est nommé ainsi par autodérision en recyclant une insulte d'un juge de la Cour suprême visant les jeunes chômeurs.
Sa mobilisation dans les rues a contraint le ministre de l'Éducation à la démission en juillet, a appelé la jeunesse à se rassembler samedi à New Delhi pour exiger cette fois celle de M. Kumar.
- Nombreuses mesures préventives -
Selon l'agence Press Trust of India (PTI), plus de 20.000 policiers et paramilitaires ont été déployés à New Delhi.
Des barrières métalliques jaunes bloquaient des axes clés du centre-ville, restreignant l'accès à Jantar Mantar, le site désigné par le gouvernement pour la manifestation, ont constaté des journalistes de l'AFP.
La police n'a en revanche pas autorisé de rassemblements à cet endroit et, dans une lettre à l'exploitant du métro, elle a ordonné la fermeture de stations à partir de vendredi soir "compte tenu des manifestations prévues et de la probabilité de mouvements de foule incontrôlés".
La Cour suprême a quant à elle décidé qu'il ne devait pas y avoir d'arrêt complet du fonctionnement du métro et que les annulations de trains ainsi que les limitations de la circulation automobile devaient être réexaminées.
Cette juridiction a également demandé aux autorités d'envisager de mettre à disposition des contestataires un lieu doté d'infrastructures adéquates pour la manifestation.
L'accès à l'internet mobile devait en outre être suspendu dans le centre de la capitale à compter de vendredi soir, selon un arrêté gouvernemental.
- "Advienne que pourra" -
Le CJP a affirmé jeudi que des "milliers" de jeunes avaient été arrêtés préventivement. "La police de Delhi agit comme la milice privée du BJP", a accusé un des porte-parole des "cafards", Saurav Das, sur les réseaux sociaux.
La police de la capitale n'a pas répondu à ces allégations.
"Ces intimidations seront sans effet, Modi", a proclamé vendredi le fondateur du CJP, Abhijeet Dipke, "la jeunesse de ce pays n'a plus peur de toi (...) J'atterris demain à Delhi et je me rendrai à Jantar Mantar, advienne que pourra".
Le 20 juillet, la police avait sévèrement réprimé une manifestation qui avait réuni à New Delhi plusieurs dizaines de milliers de personnes à l'appel des "cafards" pour dénoncer des fraudes massives aux examens universitaires, à l'origine de plusieurs suicides d'étudiants.
Les échauffourées avaient fait au moins 180 blessés, dont les deux tiers étaient des policiers, selon le bilan des forces de l'ordre, "plusieurs centaines", selon les manifestants.
Cinq jours de mobilisation continue plus tard, Narendra Modi, qui s'est bâti une image d'homme fort depuis son arrivée à la tête de l'Inde en 2014, n'avait eu d'autre choix que d'accepter la démission de son ministre de l'Éducation. Une première.
G.Lomasney--NG