En Algérie, Léon XIV sur les traces de saint Augustin, son père spirituel
Léon XIV a marché mardi dans les pas de son père spirituel saint Augustin à Annaba, dans l'est de l'Algérie, au deuxième jour d'une visite inédite marquée par un double attentat suicide sur lequel les autorités algériennes sont restées muettes.
Ce déplacement, le premier d'un pape dans le pays à majorité musulmane, avait déjà été en partie occulté lundi par une diatribe de Donald Trump à son encontre, suivie dans la nuit par des déclarations de son vice-président, JD Vance.
Accueilli avec les honneurs et des mesures de sécurité draconiennes au début d'une tournée dans quatre pays d'Afrique, Léon XIV a lancé lundi un message de paix, de pardon et de fraternité interreligieuse à Alger.
"Ce voyage est pour moi un don particulier de la providence de Dieu", a-t-il dit mardi à la fin de la messe à Annaba, remerciant les autorités d'avoir "veillé à la réussite" de sa visite.
Son déplacement s'est déroulé sans accroc mais a été marqué par un double attentat-suicide à Blida, à une quarantaine de kilomètres de la capitale, selon une source occidentale informée du dossier et des images authentifiées par l'AFP.
Les autorités algériennes et les médias locaux ont observé un silence total sur ce premier attentat-suicide dans le pays en plus de six ans, d'après les données compilées par l'AFP.
- Chants amazighs -
Mardi, à Annaba, l'antique Hippone, le chef de l'Eglise catholique est allé sur les traces de saint Augustin (354-430).
Le grand penseur chrétien qui y fut évêque a légué son nom à l'ordre religieux dont est issu le pape américain, fondé au XIIIe siècle.
La visite s'est déroulée dans des rues largement désertes. Des policiers en uniforme étaient déployés sur plusieurs kilomètres le long du trajet du pape.
Sous la pluie, il a visité le site archéologique romain et planté un olivier, tandis qu'une chorale entonnait des chants en latin, amazigh et arabe.
L'islam sunnite est religion d'Etat en Algérie, où les catholiques représentent moins de 0,01 % des 47 millions d'habitants.
L'après-midi, il a célébré une messe à la basilique Saint-Augustin.
Dans son homélie en français, le pape a appelé les chrétiens d'Algérie à "témoigner de l'Evangile, par des gestes simples, des relations authentiques et un dialogue au jour le jour".
A la fin de la messe, il a exhorté à reconnaître "que la situation actuelle du monde, comme une spirale négative, provient au fond de notre orgueil".
Dans la basilique, soeur Rose-Marie de Tauzia, une religieuse qui vit à Alger depuis 20 ans, dit à l'AFP être "magnifiquement" heureuse de la visite du pape, venu "annonce(r) la paix" à un moment où "le monde est en tension".
D'après elle, les Algériens sont eux aussi "heureux": "il y a une gratitude, ils sont mis en valeur, c'est important".
Lundi à Alger, Léon XIV avait lancé un puissant appel au "pardon" devant le Monument des martyrs, victimes de la sanglante guerre d'indépendance contre la France (1954-1962), appelant à ne "pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération".
Devant le président Abdelmadjid Tebboune, Léon XIV avait aussi invité les responsables du pays à promouvoir une société civile "libre".
- Diatribe de Trump -
Depuis le mouvement Hirak en 2019, qui réclamait des réformes profondes, les autorités algériennes ont repris le contrôle de l'espace public, dénoncent des ONG.
La visite du pape a été saluée par la presse algérienne, le Quotidien d'Oran jugeant notamment qu'elle confirmait que "l'Algérie est une terre militante pour la paix".
A Alger, le pape a aussi visité la Grande Mosquée avant de se rendre à la basilique Notre-Dame d'Afrique.
Il s'y est recueilli dans la chapelle des 19 "martyrs d'Algérie", des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de guerre civile (1992-2002) entre groupes islamistes et forces gouvernementales, qui a fait 200.000 morts.
Sur fond de guerre au Moyen-Orient, la visite a été perturbée par Donald Trump: dimanche, il a dit ne pas être "un grand fan" du pape américain, l'accusant de soutenir le programme d'armement nucléaire iranien.
JD Vance, converti au catholicisme, a pour sa part appelé le Vatican à "s'en tenir aux questions morales".
Le pape a estimé que l'Eglise avait "le devoir moral" de s'exprimer contre la guerre. Soulignant ne pas avoir "peur" de l'administration Trump, il a toutefois indiqué ne pas vouloir "entrer dans un débat" avec elle.
Mercredi, le pape de 70 ans quittera Alger pour le Cameroun, suite d'un premier voyage africain qui le conduira également en Angola et en Guinée équatoriale jusqu'au 23 avril.
M.Sutherland--NG